Blog d'un libriste convaincu, utilisateur de GNU/Linux et auto-hébergeant ses services Internet.

Auto-hébergement : présentation

Cet article est une présentation de l'auto-hébergement, des raisons de s'auto-héberger et de la mise en œuvre de l'auto-hébergement (avec les inconvénients et les solutions que l'on peut apporter).

L'auto-hébergement, c'est quoi ?

L'auto-hébergement correspond au fait d'héberger soi-même les service que l'on utilise sur Internet. Ainsi, en s'auto-hébergeant, on dispose de son propre serveur de mails, de messagerie instantanée ou encore de son propre serveur web.

FDN Le concept est soutenu en France par plusieurs acteurs, parmi lesquels Benjamin Bayart (qui est sans doute un des plus fervents défenseurs du concept, notamment avec sa conférence Internet libre, ou Minitel 2.0 ?), président du FAI associatif French Data Network (FDN), mais également par des associations telles que le Réseau d’Hébergeurs Indépendants et ENgagés (RHIEN).

Pourquoi s'auto-héberger ?

La centralisation du réseau

Benjamin Bayart
Benjamin Bayart

Au travers de ses conférences, Benjamin Bayart, excellent orateur, nous fait prendre conscience de ce qu'est vraiment Internet : un réseau acentré (qui n'a pas de centre) dénué d'autorité centrale où, à l'inverse des réseaux centrés usuels (comme le Minitel en France), chaque ordinateur connecté au réseau l'est à égalité avec chaque autre ordinateur connecté à ce même réseau : fondamentalement, toutes les machines du réseau constituent l'intelligence, alors que sur l'exemple du Minitel, seul un (gros) ordinateur central détient l'intelligence (ou le contenu) et tous les autres ordinateurs se connectent à ce gros ordinateur. On dit alors que sur le Minitel, l'intelligence est placée au centre du réseau alors que sur Internet, elle est en périphérie du réseau.

En ce sens, sur Internet, tout le monde peut à la fois accéder à du contenu, mais également en proposer au reste du réseau, au même titre qu'un hébergeur national tel qu'OVH, depuis son accès à Internet.

Pourtant, la plupart des utilisateurs de l'Internet n'hébergent aucun contenu sur leur accès Internet, ni aucun des services qu'ils utilisent quotidiennement : ils délèguent ce contenu et ces services à ce que l'on appelle communément des hébergeurs ou prestataires de services. Cela se traduit ainsi par le fait de mettre son site web chez un hébergeur tel qu'OVH ou Gandi, d'utiliser le service de mail de son FAI, de partager ses vidéos sur Youtube ou encore d'utiliser un service de messagerie instantanée du type MSN.

En faisant cela, l'utilisateur se réduit au simple rang de consommateur passif : il n'utilise son accès à Internet que pour avoir accès à des services et du contenu. De cette manière, il contribue à centraliser le réseau. En effet sur Internet, il n'existe pas d'accès au réseau qui soit plus réservé aux « serveurs Internet » qu'aux « clients Internet » : tous sont censés être à égalité. Hors, quand on utilise le service mail de Google, on devient client, consommateur, alors que Google gagne une position dominante sur la votre. Alors que le modèle, révolutionnaire, de l'Internet permet à tous d'être à égalité sur le réseau, nous sommes en train, par ces pratiques, d'artificiellement créer des centres du réseau.

Centraliser le réseau, c'est faire l'inverse de ce qu'est Internet et donc, d'une certaine manière, contribuer à l'éteindre.

S'auto-héberger contribue à préserver l'égalité entre les acteurs du réseau et donc à en préserver le caractère acentré.

La sécurité, ou le respect de la vie privée

Un des autres problèmes d'envergure inhérents à l'utilisation de ces services centralisants le réseau est celui de la sécurité ou de la vie privée. En effet, lorsque l'on utilise un service mail quelconque (du type service mail de FAI), le contenu des messages est stocké sur le serveur du prestataire et est donc accessible au propriétaire de ce serveur. À moins d'utiliser des moyens techniques encore peu répandus (chiffrage…), cette personne peut lire le contenu de vos mails (et peut en faire ce que bon lui semble, même si cette pratique reste illégale).

S'auto-héberger offre donc un meilleur niveau de sécurité : vos mails ou quoi que ce soit que vous souhaitez garder privé sur Internet reste sur votre serveur, qui est sous votre contrôle direct.

La pérennité et le contrôle des données

La question de la pérennité et du contrôle des données que l'on confie à des prestataires de services en ligne est également un des enjeux : lorsque vous mettez vos mails, photos ou autres documents sur un serveur qui ne vous appartient pas, vous perdez le contrôle de vos données : le propriétaire du serveur auquel vous confiez vos données peut à tout moment les effacer ou décider de ne plus vous y donner accès.

Lorsque vous vous auto-hébergez, vos données restent chez vous. Vous y gagnez donc également en pérennité, puisque tout reste sous votre contrôle.

Les logiciels comme services

Les logiciels comme services, qui s'apparentent au « Cloud Computing » — « Informatique dans les Nuages », désignent les logiciels en ligne qui vous permettent de faire ce que vous feriez avec votre ordinateur, lorsque vous utiliseriez un logiciel exécuté sur votre propre ordinateur.

Typiquement, l'utilisateur entre ses données sur ces « logiciels en ligne », puis elles sont traitées par un logiciel exécuté par le serveur et vous sont renvoyées, généralement pour être enregistrées sur ce même serveur.

Un exemple de logiciel comme service est le service Google Docs.

Le problème, ici est double : d'une part, vous enregistrez vos données sur un serveur que vous ne contrôlez pas et que vous n'hébergez pas et d'un autre part, vous faites votre informatique en utilisant des logiciels qui ne sont pas exécutés sur votre machine. Vous n'avez donc aucun contrôle dessus et ils ne vous garantissent aucune des libertés fondamentales apportées par les logiciels libres : ils sont aussi mauvais que n'importe quel logiciel propriétaire.

S'auto-héberger permet d'utiliser ce genre de logiciels (comme un webmail) sur votre serveur; tout en gardant le contrôle sur ces logiciels, (encore faut-il qu'ils soient des logiciels libres).

La situation actuelle

Comme nous le dit Benjamin Bayart à la fin de sa conférence Internet libre, ou Minitel 2.0 ?, la décroissance de l'Internet a déjà commencé. En effet, de plus en plus d'accès au réseau sont bridés pour ne laisser à l'utilisateur qu'un situation de consommateur : des mesures techniques telles que l'adressage IP dynamique ou la faiblesse du débit montant (upload) par rapport au débit descendant (download) empêchent de s'auto-héberger. Ce sont ces facteurs, combinés et « encouragés » par la centralisation croissante du réseau qui tendent à l'éteindre.

Toutefois, tout n'est pas encore joué et nous avons encore le pouvoir d'inverser la donne, vers un Internet libre et acentré : si la pratique de l'auto-hébergement tend à se généraliser, il est probable que les opérateurs Internet ayant recours à ce genre de limitations volontaires seront contraints de faire marche arrière.

Premiers inconvénients à l'auto-hébergement et ébauches de solutions

Électricité et écologie

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Oeuvre dérivée sous Licence CC BY-SA

Si on souhaite avoir un service accessible 24h/24 (ce qui est particulièrement important pour le mail ou pour l'hébergement d'un site web), il faudra une machine allumée en permanence et connectée à l'Internet. À première vue, l'affaire ne semble pas très écologique ni très bon marché…

Le site http://www.monsiteestvert.fr/ de l'hébergeur Ikoula nous apprend qu'un serveur dédié consomme en moyenne 3,2 kWh/j. Même si tout le monde n'utilise pas de serveur dédié chez un hébergeur pour fournir ses services Internet, on peut tout de même remarquer un cumul des serveurs que l'on utilise pour les services usuels : le serveur mail (du FAI), le serveur de messagerie instantanée (type MSN), le serveur web (type OVH), le serveur Facebook… Même si tous ces serveurs sont utilisés par un nombre probablement important de personnes en même temps, on peut imaginer que l'on représente une certaine part de la consommation électrique globale de ces machines.

De plus, dans un datacentre où sont regroupés plein de serveurs, l'énergie qu'ils consomme est intégralement dissipée sous forme de chaleur, tellement concentrée qu'il faut en dépenser encore d'avantage pour l'évacuer à coup de climatisation. En revanche, en gardant son serveur chez soi, l'énergie qu'il consomme, si elle est bien dissipée sous forme de chaleur, n'a pas besoin d'être particulièrement évacuée. En hiver, elle est même utile, ou du moins pas perdue, en contribuant au chauffage de la maison.[1]

Il y a quelques années, des serveurs basse consommation, discrets et silencieux ont fait leur apparition sur le marché. Ces petits ordinateurs (désignés par le terme « Plug Computers » — « Ordinateurs Prise électrique ») sont assez peu onéreux (compter environ 100€ pour le serveur et environ 30€ pour un espace de stockage décent). Ils consomment donc très peu : le SheevaPlug, premier PlugComputer consomme en moyenne 5W, ce qui nous donne une consommation de 0,12 kWh/j, soit près de 25 fois moins qu'un serveur dédié.

Pour limiter les coûts et la consommation électrique, rien n'empêche d'acheter un serveur pour la famille entière (et non uniquement pour le seul foyer) et ainsi de mutualiser les coûts et de limiter le matériel.

La technique aux techniciens !

La question de la technique peut également freiner les non-informaticiens : en effet, configurer un serveur demande certaines aptitudes en Informatiques. Toutefois, des solutions « clé en main » sont en train de se développer (au fur et à mesure de la demande). Il est également envisageable (particulièrement dans le cas d'un serveur mutualisé pour toute la famille) de confier cette tâche à la personne de la famille la plus à même d'effectuer les opérations nécessaires .

Quand à l'investissement en temps nécessaire, une fois que tout est configuré et fonctionnel, le serveur ne demandera que peu d'entretien, la maintenance se résumant à quelques mises à jour de sécurité et à de rares interventions (plus ou moins longues) lors d'un hypothétique dysfonctionnement.

Avantages pratiques

S'auto-héberger offre indéniablement quelques avantages pratiques :

  • La possibilité d'héberger tout type de service ou de contenu.
  • La limitation d'espace pour l'ensemble des services ne correspond ni plus ni moins qu'à la taille du support de stockage, qui peut-être changé si besoin (pour augmenter sa capacité).
  • La possibilité d'utiliser le serveur pour diverses autres tâches : longs calculs lors des périodes où les visiteurs sont rares ou encore téléchargement de gros fichiers lorsque le réseau est peu utilisé.

Ressources

Quelques conférences de Benjamin Bayart :

Notes

[1] Argument soumis par Elessar.

Commentaires

Par : Benjamin — Date : 21/12/2010 (22:08)

Merci pour ce superbe article !
Je m'auto-héberge depuis une semaine et ton article ne fait que confirmer cette volonté :-)

Par : Nicolas — Date : 22/12/2010 (00:55)

Excellent article sur l'auto-hébergement, c'est très bien expliqué.
Merci d'avoir cité le RHIEN qui n'est plus très représenté actuellement, probablement à cause d'une baisse d'activité antérieure.
On s'efforce de redonner du souffle au projet actuellement et on avance pas mal là-dessus.
D'ailleurs si tu veux passer nous voir, on a un canal IRC et une ML.
Je continue de suivre suivre ton blog avec intérêt :)

Par : Elessar — Date : 22/12/2010 (14:08)

Dans la catégorie écologie, tu peux aussi mentionner le fait que, dans un datacentre où sont regroupés plein de serveurs, l'énergie qu'ils consomme est intégralement dissipée sous forme de chaleur, tellement concentrée qu'il faut en dépenser encore d'avantage pour l'évacuer à coup de climatisation.
En revanche, en gardant son serveur chez soi, l'énergie qu'il consomme, si elle est bien dissipée sous forme de chaleur, n'a pas besoin d'être particulièrement évacuée. En hiver, elle est même utile, ou du moins pas perdue, en contribuant au chauffage de la maison.

Par : PaulK — Date : 22/12/2010 (15:49)

@Elessar : En effet, c'est un très bon argument ! Je l'intègre dans l'article. 

Merci à Benjamin et Nicolas, pour vos commentaires encourageants :)

Par : Tanéléo — Date : 22/12/2010 (22:32)

Toujours concernant l'écologie, un site Web hébergé dans un datacenter, typiquement chez OVH, n'est rarement que sur un seul serveur : les serveurs web et Sql sont souvent distincts, et il faut leur ajouter les serveurs de backup.

Pour ce qui est des «logiciels comme services», ne pas oublier qu'un des objectifs possibles de ceux qui en fournissent actuellement de manière pseudo-gratuite (tout dépend à combien on estime sa vie privée), est de tenter d'instaurer un jour un modèle économique dans lequel on paie le «cloud computing» à l'usage. Besoin d'un éditeur de texte en ligne ? 0.15 centimes les 10 minutes.

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«Hors, quand on utilise le service mail de Google, on devient client, consommateur, alors que Google gagne une position dominante sur la votre.»

Ah bah voilà, j'aime encore moins Google & compagnie à présent ;-)
Ça me fait un peu bizarre de présenter les choses de cette manière. Mais ce n'est pas faux en même temps.

Par : Tanéléo — Date : 22/12/2010 (22:36)

Je ne sais pas pourquoi mon commentaire précédent est si... aéré. Ce n'était pas voulu.

Réponse : J'ai corrigé les espaces. Apparemment j'ai mal fait ma feuille de style css pour les commentaires… J'y jetterai un œil demain.

Par : jamón — Date : 24/02/2011 (12:03)

Très bon article. Toutefois même dans le cadre de l'auto-hébergement, il faut prévoir un système de sauvegarde. Il aurait été de bon aloi de ne pas l'oublier.

Et une petite actualité dans le domaine de l'auto-hébergement sur des plugs: http://www.framablog.org/index.php/...

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